November 18, 2010
Tu le voulais, alors le voilà mon site !

Et hop, surprise, vous vous retrouvez sur Tumblr. Non, Tumblr n’est pas mon nouveau site. L’url est tout en bas de l’article….Mais il faut bien que je vous le présente, ce site…

Bon, par où démarrer. Comment présenter ce nouveau site, dire adieu à mon blog, sans tomber dans la caricature ?

Il y a quelques jours, une responsable de label m’a dit: 

« on a vraiment atteint le point Godwin de la musique (appelé plus communément le point « René la Taupe ») avec l’article du MTT sur les types de fans. Non mais là, on a atteint le fond. Mais comment penser qu’on peut segmenter ces fans comme ça. Et comment d’abord on l’a crée comment sa fanbase ? »

Pour être très franche, j’ai posé la question à Bruce Hougton, le patron du Music Think Tank qui me fait la grande joie de me suivre et de regarder ce que je fais. Donc, je l’aime bien Bruce. Je lui ai gentiment demandé de m’envoyer l’auteur pour qu’il me montre comment faire, là, au quotidien, face à un artiste, quand tu es train de la créer ta fan base. Ce à quoi il m’a répondu qu’effectivement, ce n’était pas très concret. Sans compter que bon, je ne veux pas dénoncer, mais la conclusion de cet article ramène à dire qu’il faut définir ses vrais fans et ses fans engagés (les committed et les superfans), théorie que défend Kelly depuis 2008. Donc si c’était pour finir là-dessus…..

Un autre exemple avec l’article sur les « 4 raisons pour lesquelles on télécharge la musique ». Ce à quoi un blogueur américain influent a répondu « pas besoin de 2500 mots pour l’expliquer, en 140 caractères je te le dis, parce qu’on peut ».

Tombe t’on dans une sorte d’intelligentsia de la musique (copyright @Frederic Neff) qui intellectualise la musique ?

La montée en puissance d’Internet n’a pas eu comme seule conséquence le téléchargement à outrance, on assiste à la multiplication des sites consacrés à l’analyse de l’industrie musicale, de conseils aux artistes, de comment « vous pouvez tout faire tout seul, si si vous pouvez »…

La majorité se contente de relayer l’info et de diffuser une opinion prémâchée, sans analyse ou expérience, mais seulement un avis.

Mais quelques uns ont une vraie ligne éditoriale, issue de l’expérience, et de la culture. De la quantité émerge la qualité!  Diffuser l’info, c’est une partie du truc. Mais pour parler de musique, il faut sortir de son bureau, être dans l’œil du cyclone, se cogner des maisons de disques, des labels, des producteurs, des managers, organiser des concerts, avoir des artistes face à soi, et leur expliquer concrètement ce qu’on dit, savoir ce qu’est une promo ou comment on fait un P&L. Savoir comment on fait un disque et combien il coûte. Et mettre en place ce qu’on dit. Et se planter. Et recommencer. Prendre des claques, penser autrement. Agir autrement. Bref, vivre le bordel.

Alors de la quantité naît aussi la qualité. On connait mon admiration pour Valery Bonneau de B comme BoxSons ou Philippe Astor, et mon amitié pour Mr Bidibule, Frederic Neff de Viva Musica et We are Musik, Gabriel Hallé de Teams, ou Marc André Laporte de Donne ta Musique. Ah ben tiens, ce sont mes partenaires !  Et quel est le point commun entre ces gens ? L’expérience. La musique, ils n’en parlent pas, ils sont dedans. Ce qu’ils disent, ils le font. Au quotidien. Ils montrent ce qu’ils ont dans le bide. Ce dont un artiste parle, un label parle, un média parle, ils le comprennent. Ils sont passés par là et ils continuent à passer par là.

En fait, les principales menaces de la musique sont ces nouvelles morales dogmatiques. Celles qui s’offusquent pour un rien et la tue par pratique….On a la morale anti piratage, qui refuse de réfléchir à une évolution, pourtant nécessaire. Cette autre morale venant des logiciels libres, et qui confond technologie et création. La musique n’est pas de la technologie, les artistes ne sont pas des fusibles, on ne peut pas faire évoluer l’industrie de la musique sans prendre en compte qu’à la base, la création est humaine. Et que des gens ont le droit inaliénable d’être rémunéré et protégé pour ce qu’ils font.  Et celle aussi qui dit que quand tu parles business, tu n’aimes pas la musique. Ah oui, et donc vous travaillez par passion hein, uniquement bien sur. Rappelez-moi, qui vous paye ?

Et ces morales sont aussi sûres de leurs faits et aussi intransigeante dans leurs discours que ceux qu’ils disent combattre. Et le meilleur dans tout ça : ils ne sont même pas les créateurs.


Au tout début, quand j’ai pensé à créer mon site, je pensais simplement à un site très simple pour permettre une meilleure navigation et lisibilité de mes articles existants. Et puis j’ai évolué. J’ai fini mon livre, je tourne beaucoup en conférences, ateliers, je donne des cours, je travaille avec des artistes, des labels, des producteurs un peu partout dans le monde et je ne trouvais nulle part des réponses aux questions que je me posais.   J’ai commencé à travailler dessus. Et de réflexion en réflexion, j’en suis arrivée à ça….un site opérationnel, une maison dans laquelle plein de gens viendront parler de leur métier. Parce que c’est quand même ceux qui font ce métier qui en parlent le mieux.

Et puis la musique, ce n’est pas Paris, ce n’est pas le digital, ce n’est pas l’industrie, ce n’est pas Twitter. La musique ne se cantonne pas à ça. C’est plus de 600 labels en France, qui tentent tant que bien que mal de survivre et qui pondent des idées souvent excellentes, ce sont des milliers d’artistes. Et c’est de ça aussi dont je veux parler.

Alors c’est vraiment du do it yourself de moi toute seule avec moi-même mais quand même accompagné. Sylvain Gautier, cofondateur d’Allo Studio m’a fait le site, et Grégoire, le leader de Thot le logo. Le soir. En plus de nos activités respectives. Ça reste à la maison. Et c’est ce que je voulais. Comment donner des conseils aux gens, comment leur dire qu’il faut qu’ils se débrouillent, qu’ils y passent du temps en plus de tout ce qu’ils font, comment comprendre l’angoisse face à la masse de choses à comprendre et à abattre quand on ne l’a pas vécu, quand on ne se l’applique pas à soi même, si on a juste à tendre la main pour le faire. Ce site, il est en plus de tout ce que je fais, et je peux vous dire que je l’ai senti passé. Oh oui.

Je me découvre donc une passion pour wordpress, je plonge dans le code, je farfouille partout (enfin pas trop quand même, sinon, Sylvain ne sera pas bien content). Et j’ai monté exactement les contenus que je voulais comme je voulais.

Alors il ne vous plaira peut-être pas, mais il est home made. Par des gens dont ce n’est pas le métier. Et je vais le gérer toute seule. Bénévole de moi-même. Mais soyons clair,  je ne suis pas un média et je ne fais pas de promo.

De nombreuses personnes m’ont fait l’amitié de se jeter dans le bain avec moi, de répondre à mes questions, sans avoir aucune idée d’où ils allaient atterrir. Et d’autre m’ont fait l’immense amitié de partenarier, sans savoir bien avec quoi ils partenariaient. Ce site sera donc placé sous le très haut parrainage de Gildas Lefeuvre, sous le regard très bienveillant mais néanmoins critique de Philippe Astor, avec des partenaires très privilégiés comme  B comme BoxSons, Donne ta Musique, Girlzinweb, Le Transistor, Monsieur Bidibule , Noomiz, Teams, Ziknation.

A ceux qui se demandent où est Wearemusik, ils ne sont pas loin. On pense même lancer un « Hype we are »..ou un « don’t believe in musik ».

Quant à Net Emergence, il n’est pas loin non plus, je soutiendrai chaque mois sur le site le vainqueur du mois.

Petite précision, ce site n’est PAS en créative commons. Choix réfléchi. Non, parce que bon, comme dit Benjamin Lemaire, les creatives commons, c’était bien avant. Quand il n’y avait personne sur Internet. Maintenant, il faut arrêter de jouer. Je retrouve mon contenu sur plus d’une centaine de blogs alors que mon blog n’est même pas en créative commons. Je l’ai même retrouvé dans des offres de formation payantes ! Et puis les creative commons, c’est beau de se cacher derrière, mais quand on sait que plein de gens associent creative commons à « gratuit je fais ce que je veux avec » faut pas pousser. Mais le coup de grâce m’a été donnée quand j’ai demandé la suppression de 2 articles à un site, articles qui n’étaient plus d’actualité, que l’on m’a envoyé un avocat pour me dire, en résumé, « va te faire foutre, le site est en CC, on fait ce qu’on veut ». Donc non seulement, on piétine allégrement l’aspect relations humaines ainsi que la philosophie des CC mais on explose surtout super allégrement le droit de la propriété intellectuelle, le droit moral, le droit d’auteur et le droit de retrait. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais….

Et qu’on ne me dise pas que je demande aux artistes de donner mais que je ne me l’applique pas. Je dis aux artistes de donner de la musique pour se faire connaitre, en streaming comme en téléchargement. Tout mon site est gratuit. C’est du streaming. Je donne mon livre blanc, et là, j’ai choisi, en CC. C’est du téléchargement. Et je l’ai choisi. Je milite pour le choix. Par pour l’obligation.

Et donc, qu’est ce que j’attends de mon site ?….Je n’analyse pas, sinon je stoppe l’activité. Je me brûle les poils, les ailes, mais je continue. C’est ce qui me plait. La meilleure analyse, c’est de regarder ce site fait à la maison, et je suis heureuse. Il existe. Pour l’instant, je fais de la boite à outils, mais j’adore me fixer des règles, pour mieux les transgresser. Je n’ai pas de pression, aucune obligation de résultats, de mises à jour. Je fais ce que je veux, comme ça me plait.

Dans le dernier chapitre des Aventures d’Hucklberry Finn de Mark Twain, Hucklberry fait une déclaration solennelle à son pote Tom Sawyer « We done it. And we done it elegant. Too » (Nous l’avons fait. Et nous l’avons aussi fait avec élégance). Voilà.

Maintenant, ça se passera ici et vous serez tous les bienvenus  http://virginieberger.com

 

January 20, 2010
Exsonvaldes: Un talent et quatre cerveaux exceptionnels

Il est de ces rencontres, un peu magique, qui vous redonne de l’espoir pour l’avenir de la musique. Le groupe Exsonvaldes fut l’une de  ces rencontres. Talentueux et vraiment intelligent, ce groupe super accessible et qui ne se prend pas au sérieux,  a tout d’un grand. Et puis moi, quand on me dit qu’on lit « New Music Strategies » avec assiduité, et qu’on vend sa musique sur BandCamp, forcément, ça me plait.

J’ai réalisé cette interview, qui s’est très vite transformé en discussion, après leur concert en appartement. Le « concert  en appartement » est un concert en acoustique qu’ils donnent chez un particulier (merci encore à Thien et Laurent pour l’invitation). Ils ont démarré cette série de concert pensant faire seulement quelques dates, ils en ont fait plus de 100. Leur dernier album « There’s no place like homes » (sortie le 25 janvier 2010) a été enregistré dans les conditions d’un concert en appartement.  

L’aventure Exsonvaldes a commencé il y 10 ans, sur les bancs de la fac. Premier album en 2004 et tournée de plus d’une centaine de dates et des premières parties de Girls in Hawaîi.

Il y a 2 ans, ils décident de se consacrer complètement et uniquement à la musique. Suit alors la rencontre avec Alex Firla, leur producteur et l’enregistrement de leur album « Near the edge of something beautiful », sorti en mars 2009.

 

L’avenir de la musique ?

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que s’il n’y a plus d’industrie musicale, il n’y a plus de musique. On ne peut pas laisser nos créations uniquement aux mains des gens qui la consomment. Parce que comment continuer à créer dans ce cas ? Mais ce qu’il se passe actuellement  est une vraie chance pour la musique. On peut essayer des tas de choses, tester de nouveaux business models, inventer le futur et non plus se le laisser dicter. Et on aimerait ressentir cette excitation chez les professionnels de la musique. On est en train de construire une nouvelle économie de la musique. Les revenus ne vont plus provenir des CD ou des tournées, mais de toute une nouvelle monétisation à construire. Et c’est triste de voir les propositions que font les professionnels de la musique (Hadopi, Zelnick, etc..). On s’enferme toujours dans les mêmes reflexes très corporatistes, sans aucune vision à moyen ou long terme.

 Hadopi ? Zelnick ?

Nous sommes contre Hadopi. Ça ne réglera rien, et ça sera pire. On ne peut rien régler avec des lois ou des taxes. Mais nous sommes contre le piratage aussi. Aujourd’hui, on n’a pas le choix. Si on est contre Hadopi, on est alors de méchants pirates. En résumé, on est soit Pascal Nègre, soit Francis Lalanne.

Mais l’alternative est possible. On peut être contre le piratage et contre Hadopi. 

Et  nous sommes donc contre Hadopi. Et contre le piratage. Le discours ambiant des contre-Hadopi «  le peuple a repris le contrôle de la culture » ne tient pas la route. Dans la musique, il y a ceux qui la font (nous), ceux qui aident (nos fans, notre label, notre tourneur…) et ceux qui écoutent (le public). Tous les acteurs sont importants pour transmettre la musique.
Après, il faut définir ce qu’on entend par piratage. Quelqu’un qui télécharge notre disque sur un blog, pour découvrir notre groupe, n’est pas un pirate. C’est un curieux. On fait la même chose. S’il aime, on espère qu’il aura envie d’acheter le disque, ou nos disques précédents, ou de nous soutenir en venant à un concert, en parlant de nous autour de lui. Mais il doit avoir à l’esprit que ce qu’il a téléchargé a nécessité des coûts de production importants, et que c’est grâce à son soutien qu’on pourra faire le disque suivant. C’est cette relation de confiance, précieuse, que nous essayons d’instaurer avec notre public.
Mais s’il pirate aussi notre disque suivant, puis un troisième, on peut considérer que ça commence à ressembler à du vol car c’est nier l’investissement humain et financier que représente un disque.
En somme, je pense que le piratage, ce n’est pas le fait de télécharger de la musique de façon illégale, mais plutôt de considérer que toute la musique est gratuite de fait.
Donc si “le peuple reprend le contrôle de la culture” en volant, alors il n’y aura bientôt plus de culture. Comment nous en tout cas, on pourra continuer à créer ?
Mais en tant que groupe il est facile d’être tiraillé par un sujet comme celui là, car dans le fond, même si c’est en étant piratés, nous sommes toujours contents que notre musique soit écoutée.

Il faut donc responsabiliser les internautes, leur montrer ce que ça coûte de produire, leur montrer les conséquences sur les jeunes artistes. Parce que les discours de Zazie et Pascal Obispo, c’est plutôt contre-productifs…Et si on responsabilise les internautes, pourquoi pas réfléchir à une taxe sur les FAI. Ça serait quand même le plus simple….Il ne faut rien s’interdire, penser nouvelle économie de la musique, sortir de l’économie du CD  et tester tester…. C’est ce qu’on attend des professionnels. Mais il faudrait le faire très vite. Parce que plus on attend, plus on donne l’impression que la culture est gratuite.

 La gratuité de la musique sur Internet ?

L’artiste DIY (Do It Yourself) est une légende (NDRL : Aux Etats-Unis en 2009, 1500 artistes ont vendu plus de 10 000 albums. 14, soit moins de 1%, l’ont fait en étant seul. Sans label). C’est un argument de bonne conscience pour les pirates. On a besoin d’être aidé, quelle que soit la forme que prendront les maisons de disques.

 Nous donnons une partie de notre musique sur BandCamp. Pour teaser, nous faire connaître, créer le buzz, donner envie de notre musique. Mais nous ne donnons pas toute notre musique. Et nous ne le ferons pas. On offre des morceaux, car cela nous semble primordial pour notre public. Mais il n’est pas primordial de donner notre album…

Si doit comparer nos revenus issus de la distribution digitale vs nos revenus issus de la distribution physique, pour l’instant la distribution physique gagne très très largement.

Nous testons également d’autres formes de revenus. Après chaque concert en appartement, on propose notre merch, nos CD. On a testé la vente à la Radiohead « Pay what you want », et ça marche plutôt très bien. Les gens donnent 15% à 20% de plus que par rapport aux prix que nous avions fixés.

On ne s’interdit rien. On essaie vraiment d’évoluer à la même vitesse que le marché.

 Un artiste à suivre ?

Jonah Matranga (http://www.jonahmatranga.com/). Il a été une véritable inspiration. C’est en voyant ce qu’il faisait que nous avons commencé les concerts en appartement couplés à la vente de merch. Cela fait plus de 10 ans qu’il fait du Direct  to fans. Être proche de ses fans, ça fait longtemps qu’il le pratique.

 Une conclusion ?

http://exsonvaldes.bandcamp.com

Dernier album « There’s no place like homes », sortie le 25 janvier 2010.

Concert à la Boule Noire le 4 février.

 NDRL : Je vais inaugurer une série de cases studies spécial Exsonvaldez. En effet, je vais suivre leurs différentes expérimentations (BandCamp, Pay what you want model), et je vous ferai part des résultats…  

Crédit photo: Merci à B@x!!